Sommes nous assez en mouvement ?

Cette journée a amené des regards d’universitaires et d’acteurs internationaux une belle richesse pour mon savoir partiel et partial. L'animation très réussie a laissé l’espace de créer collectivement du sens, d‘assembler des perspectives pour produire de nouveaux savoirs.
Au retour, j’écoute une interview d‘ElsaDorlin, une historienne et philosophe chercheuse qui affirme comme Foucault et d autres qu’ ils pensent à partir du corps « je pense à partir de mon corps » dit-elle.
Ses paroles résonnent. Je me sens à la fois nourrie de cette Journée, de ces ateliers et en même temps un peu vide. J’aiguise mon attention vers ses paroles et je fais un lien.
L’ESS, plus encore aujourd’hui, est parfois utilisée pour créditer une image de correctement propre ou correctement sociale ou correctement respectueuse de l’environnement ou je ne sais encore, par de grands groupes économiques, ou penseurs de l’économie libérale, parce que l’ESS peut être appréhendée seulement comme un outil, sans son approche systémique qui lui donne sa force de changement.
Une interrogation:
Le rapport politique aux savoirs est un rapport de pouvoir. Pouvons nous interroger qui fait et décide les savoirs ? Le savoir légitime, reconnu, donc en position de pouvoir, de faire référence dans le discours et l’argumentaire, est défini par le « dominant ». L histoire officielle a toujours été écrite par les vainqueurs et les dominants. Ce processus met en minorité d’autres savoirs, d’autres réalités, d’autres femmes, d’autres hommes. L’histoire des savoirs dominants donc, oublie, efface certains récits, certaines pensées et certains corps, elle produit donc aussi de l’ignorance.
Cette préoccupation se retrouve dans différents travaux d’historiens populaires et nourrissants comme: Howard Zin, Eric Hobsbaum, Gérard Noiriel, Johann Chapoutot, …
Comment laisser l‘espace de transmettre son témoignage, ses questionnements, ce hors champs, ce bout de récit qui vient faire et produire un savoir éthique et politique ? Comment laisser dans les espaces engagés ESS, la place aux minorités, aux récits non légitimes par un référentiel de pensée majoritaire? Comment construire une confiance d’action commune ?
La transition juste à besoin de cet engagement. L’ESS a besoin de rester dans cette marge de pensée critique et féconde. Elle a besoin d’expérimenter, d’être un espace, un réseau de terrain, de personnes engagées.
Offrir un terrain pour que ses acteurs n’aient pas à justifier, à crédibiliser, à fonder leur témoignage et qu’ils puissent continuer une recherche d’équilibre entre l’humain, le rapport au travail, le lien au territoire, le rapport aux autres, au monde.
Je ne souhaite pas par ces mots, invalider tous les savoirs hégémoniques, mais je voudrais essayer de réfléchir comment peut-on laisser l’espace de sa propre pensée pour qu’ensemble nous puissions penser par nous mêmes, avoir l‘audace de se reconnaître acteur en marge, de pouvoir le dire pour avoir l’agilité de se laisser penser de d’autres espaces pour continuer à créer, à tricoter avec des cadres de travail, de financements, de territoires et d’éthique.
Contribuer à faire force parce que je ne veux pas être fatiguée par ce besoin de donner référence à mes propos, je ne veux pas me sentir violentée par une double pensée socialement correcte parce que reconnue par la pensée hégémonique et celle privée ressentant que quelque chose ne vit pas.
L’ESS est un bel outil pour modifier les rapports au travail, au temps, à la propriété, aux liens, à la santé, à la citoyenneté, au champ politique, à soi, à l’autre, au monde.
Un bel outil aussi pour nourrir la joyeuseté, cet état de joie intrinsèque, celle qui nous est nécessaire et ne pas attendre de changer le monde pour être heureux. Osons être et faire aussi avec ceci. Osons penser avec notre histoire, notre genre, notre corps, associer la subversion, le philosophe et l‘artiste et être confiant dans cette entité pour faire du commun.